Fête des lumières | Lyon, Prix LEA

 

Fête des lumières 2016 | Lyon – Prix « lumière éphémère & architecture » | Caisse des dépôts, ville de Lyon

La fête des lumières, fête populaire de Lyon depuis 1852, est aujourd’hui devenue un événement majeur de la mise en scène de la lumière dans l’espace urbain. Cette manifestation, de niveau international, est un rendez-vous exceptionnel de la création contemporaine pour la mise en lumière de monuments et d’espaces publics. La Caisse des Dépôts, dans le cadre de ses actions de mécénat, participe au soutien des jeunes et nouveaux talents professionnels dans le domaine de la musique classique, de la danse, de l’architecture et du paysage. La Ville de Lyon, organisatrice de la Fête des Lumières, et la Caisse des Dépôts, désireuse d’apporter son soutien à la jeune création architecturale, ont décidé de s’associer pour créer le prix « Lumière Éphémère et Architecture ».

 

UCLy - localisation du projet
UCLy – localisation du projet

 

« Le projet du nouveau Campus Saint-Paul porte l’ambition de transformer ce lieu d’enfermement marqué par l’histoire en un lieu de savoir. Un lieu de savoir ouvert sur la cité ! Car tel est bien l’enjeu du projet porté par l’atelier d’architecture Garbit & Blondeau et l’Université Catholique de Lyon. Faire tomber les murs, réinsérer dans la ville ce lieu longtemps à l’écart dans la vie, tout en respectant avec humanité son histoire et sa mémoire. Plus de hauts murs austères et sombres, de fils barbelés, de miradors, de barreaux, mais des passerelles, des coursives, des balcons, de larges perspectives qui invitent à découvrir, à échanger, à s’ouvrir au monde. De la place des Archives jusqu’au Rhône, une grande percée piétonne Ouest/Est traverse le site des deux anciennes prisons, comme une grande traboule couverte abritée sous une verrière. Le lieu d’enfermement devient un lieu d’ouverture pour inscrire durablement le nouveau campus qui lui fait place dans la vie, comme un appel à la liberté. »

Cabinet Garbit-Blondeau, Lyon.

Le projet

Reconversion

Quelle douce reconversion que celle d’une prison en université, de ces cellules nauséabondes cédant leur place aux auditoriums respirant l’éducation, de ces cours barbelées à ces grandes baies vitrées, de ces hauts murs aveugles à cette transparence tant appréciée, synonyme de liberté, de ses sentinelles à ses professeurs, de ses miradors à ses passerelles.

De ses prisonniers à ses étudiants.

Entendons-le, l’architecture se transforme. Mais qu’advient-il de l’usager, de l’individu, du condamné, du jugé qui, bon an mal an, habite le vide des quatre murs qui lui dessinent sa liberté ?

Les conditions d’incarcération sont celles que l’on veut bien nous faire entendre, les détenus disposent-ils de ces bibliothèques, de ces espaces de promenade, de ces vastes cellules entretenues et de ces équipements sportifs ? Où est la limite entre la vérité et les clichés véhiculés par nos médias contemporains ?

Représentation

La réponse est, de ce fait, dans les clichés. Clichés qui cette fois apportent la justesse de l’information.

Véritables, douloureuses, honnêtes et poignantes, saisissons-nous des photographies de Grégoire Korganow qui, entre les années 2011 et 2014, s’est emparé du sujet de l’univers carcéral au XXIe siècle pour en dresser un tableau juste et authentique, qui nous entraîne dans le sillon de nos contemporains privés de liberté, dévoilant des conditions de vie qui iront profondément heurter notre confort et notre sensibilité.

Appel à la mémoire

Venir heurter la sensibilité, c’est s’assurer d’une attention, d’une concentration autour d’un sujet.

Qu’il réunisse ou qu’il divise, l’objectif est surtout qu’il interpelle, qu’il fasse prendre conscience et qu’il remémore, et qu’il nous situe dans la temporalité d’une histoire qui nous cerne. Car si le XIXe siècle vit la construction des prisons Saint-Paul et Saint-Joseph, le XXIe siècle vient d’assister à sa transformation en université. Qu’en sera-t-il du XXIIe ?

Transformons, évoluons, progressons, mais surtout mémorisons. S’il s’avère résolument impossible de conserver ad vitam æternam bâti et programme, c’est alors à la mémoire de remplir le rôle de dépositaire d’un patrimoine singulier qui, au-delà des barbelés, du verre, de l’incarcération et de l’éducation, nous accompagnera dans la prise des bonnes décisions.

Ecrans

Soulignée par son écrin de verre, l’une des cinq ailes rescapées de la prison dévoile ses apparats de pierre claire, bien décidée à faire oublier l’ancien quolibet qui l’apparentait à la Marmite du Diable. Verre et pierre, voici deux écrans anachroniques, l’un transparent et l’autre opaque, qui offrent un nouveau regard sur l’histoire des lieux.

Et si ces écrans devenaient la surface d’une unique projection, dégagée des limites du temps et de l’espace et traductrice d’un environnement carcéral souffrant d’une stagnation patentée ?

Projection

Le support de verre est idéal. Il représente une trame énumérant autant de cellules fictives, autant de cadrages sur les conditions d’enfermement de nos contemporains, autant de tableaux susceptibles d’accueillir les clichés contextuels de Grégoire Korganow.

Implantation
Implantation
Cône de projection
Cône de projection
écrans de projection
écrans de projection

 

Derrière lui, l’aile de pierre devient le symbole d’une histoire échaudée, et jouit de la transparence de sa vitrine pour mieux arrêter de son écran opaque les images récoltées par le photographe. Dans son décalage, elle induit le mélange des images, la délicate synthèse des instants de vie capturés, mêlés pour l’occasion en un vitrail mouvant d’échelle monumentale.

Une seule série photographique qui répond à deux supports, les connectant au travers d’un univers visuel marquant, déstabilisant, mais pourtant véridique.

Faisant fi de l’espace et du temps, l’illumination de la façade de l’ancienne prison nous entraîne dans ce qui a été, ce qui est et ce qui sera l’univers carcéral de nos concitoyens détenus pour nous faire partager, le temps d’une rémanence, leur quotidien.

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